Arrêter ou réduire un traitement antidépresseur de type ISRS (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) est souvent une étape importante dans le parcours de soin, mais elle peut aussi être source d'inquiétude. Pour avoir accompagné des proches et suivi les recommandations des spécialistes, j'ai appris que le mot d'ordre est progressivité et écoute de soi. Voici ce que je fais et conseille pour réduire un ISRS tout en minimisant les symptômes de sevrage.
Comprendre pourquoi les symptômes apparaissent
Avant toute chose, il faut comprendre d'où viennent les symptômes de sevrage : le cerveau s'est habitué à la présence du médicament qui module la sérotonine. Quand la dose diminue trop rapidement, l'équilibre chimique est perturbé et on peut ressentir :
- des sensations « électriques » ou des vertiges (brain zaps),
- des troubles du sommeil et de l'humeur,
- des nausées, des maux de tête,
- de l'anxiété ou une augmentation de l'irritabilité,
- une sensation de fatigue ou de désorientation.
Cela ne veut pas dire que la dépression revient systématiquement : souvent ce sont des symptômes purement liés au sevrage. Mais il est essentiel de distinguer les deux avec l'aide d'un professionnel.
Parler avec son médecin : la première étape indispensable
Je ne commencerais jamais une réduction sans en avoir discuté avec mon médecin ou mon psychiatre. Ensemble, on évalue :
- la durée du traitement (plus elle est longue, plus la réduction sera lente),
- la dose actuelle,
- la sévérité initiale de la dépression ou de l'anxiété,
- les éventuelles comorbidités et autres médicaments pris.
Le médecin peut proposer différentes stratégies : réduction progressive de la dose, substitution par un ISRS à longue demi-vie (comme la fluoxétine / Prozac) ou maintien temporaire d'une faible dose. Pour certains antidépresseurs à courte demi-vie comme la paroxétine (Seroxat) ou l'escitalopram, le risque de symptômes de sevrage est plus élevé, donc on favorise une baisse très progressive.
Un plan de réduction typique (exemples pratiques)
Il n'y a pas de règle universelle, mais je préfère donner des exemples concrets pour s'orienter. Voici quelques schémas courants, à adapter selon l'avis médical :
| Situation | Exemple de plan | Remarques |
|---|---|---|
| ISRS à demi-vie courte (paroxétine, sertraline) | Réduire 10% de la dose toutes les 2–4 semaines | Réduction lente pour éviter brain zaps et anxiété |
| ISRS à demi-vie longue (fluoxétine) | Réduire 25% toutes les 2–4 semaines | Possibilité d'une réduction plus rapide, tolérance souvent meilleure |
| Passer à fluoxétine avant arrêt | Sevrage progressif de l'ISRS initial → switch vers fluoxétine → stabilisation → réduction | Technique utile si fortes réactions au sevrage |
Par exemple, si vous êtes à 20 mg de sertraline, une approche possible est de passer à 18 mg, 16 mg, 14 mg... en tenant 2–4 semaines à chaque palier. Certains utilisent des taper strips (bandes de comprimés coupés de façon précise) ou des préparations magistrales pour obtenir des diminutions très précises.
Signes d'alerte à surveiller
En réduisant, je reste attentif à certains signaux qui nécessitent de reconsidérer le rythme ou de consulter rapidement :
- retour net et durable de symptômes dépressifs majeurs (idéation suicidaire, perte d'appétit sévère, incapacité à fonctionner),
- symptômes de sevrage intenses qui ne s'atténuent pas après quelques jours,
- troubles du sommeil persistants ou augmentation fortement handicapante de l'anxiété.
Si quelque chose m'inquiète, je contacte mon psychiatre et je peux remonter la dose temporairement pour stabiliser la situation.
Stratégies non médicamenteuses pour accompagner la réduction
On sous-estime parfois le pouvoir des mesures non pharmacologiques. Personnellement, pendant une réduction j'utilise :
- une hygiène de sommeil stricte (rituel, coucher régulier),
- exercice physique régulier — même une marche quotidienne aide énormément,
- techniques de respiration et méditation pour calmer l'anxiété (applications comme Headspace ou Petit BamBou peuvent être utiles),
- psychothérapie ou suivi en TCC pour renforcer les stratégies de coping,
- support social : parler à des proches et partager son ressenti.
Que faire en cas de symptômes gênants ?
Si j'ai des symptômes de sevrage gênants, voici ce que j'essaie (toujours en accord avec le médecin) :
- ralentir la réduction : revenir à la dernière dose bien tolérée et stabiliser quelques semaines,
- remonter légèrement la dose pendant quelques jours puis reprendre une pente plus lente,
- envisager le remplacement par la fluoxétine si les symptômes sont récurrents et lourds, car sa longue demi-vie lisse la chute des concentrations,
- utiliser des traitements symptomatiques temporaires (anti-nauséeux, somnifères à très court terme) sur prescription si nécessaire.
Mythes et idées reçues
Plusieurs idées persistent : « il faut arrêter d'un coup pour savoir si le médicament servait encore » ou « le sevrage est signe d'échec ». Je ne suis pas d'accord. Arrêter brutalement peut créer de vrais troubles. La réduction progressive, au contraire, est une démarche responsable qui respecte le temps d'adaptation du cerveau.
Enfin, gardez en tête que chaque personne réagit différemment. Mon approche favorise la patience, la collaboration avec un professionnel et l'usage de stratégies de soutien. Si vous envisagez de réduire un ISRS, parlez-en d'abord à votre médecin : ensemble, vous définirez le plan le plus sûr et le plus adapté pour vous.